Manifestation

« Je me délectais d’un chaud et jubileux Monsieur Tanner; quand subrepticement d’un « BOUM » je fus levée d’un BOND!
Coup du sort, coup foireux ou coup de fusil?

C’était une année deux mille consacrée de 19 ans, j’étais en décembre; dehors clignotaient les lumières, moi j’illuminais ma journée, confortable et installée dans le canap je me délectais d’un chaud et jubileux Monsieur Tanner; quand subrepticement d’un « BOUM » je fus levée d’un BOND!

Coup du sort, coup foireux ou coup de fusil?

J’ai pris d’assaut la fenêtre d’où me semblait catapulté ce tir d’onomatopée 44. Il me fallait saisir la balistique, éliminer l’inquiétude et renvoyer l’incongrue; phalanges en mode commando, armée de courage et bombardée d’effrois j’entrepris l’opération d’ouverture. « A l’abordage » j’ai sorti l’artillerie – bataillé le barillet, épinglé la crémone et attaqué la béquille – les émissions de COV dans l’air était irrespirables et alors que je commençais à sortir de mes gonds je fus saisie d’apparitions carabinées.

Nous étions en guerre et c’était la galère, dix-septième du mois – jour – du grand débordement et pas d’allié pour M.

Sur la Place de la Brèche c’était la grande opération.
Le champ de bataille en herbe engazonné bien vert et bien taillé battait la campagne et faisait front au cinématographe blindé d’espoir mais néanmoins muet devant tant de désolation . A sa droite, en ligne, des ardentes béantes ouvertes à tout vent à tout vin – chaud, du gros calibre, de la grosse artillerie de celle qui fortifie les belligérants poliorcétiques; des baraquements pillés de leurs souvenirs d’antan et de fortune – ce n’était plus le temps d’avant, le temps d’aujourd’hui c’était la crise.

Alentours l’amirauté s’était vêtue de ses plus beaux atours et enluminures festoyantes mais l’humeur restait grise, le crachin crachait et la colère grondait. « Rien à faire » les hostilités étaient déclarées et tenaces.

En contrebas la Rue du Dragon avait depuis toujours pris position; centre de commandement, l’artère économe de la cité ployait sous les dragonnades invasives de Preux Chevaliers – Ca lui tapait sur les nerfs, elle suffoquait manque d’affaire et d’argent « c’est sûr la guerre était perdue ».

En fond, sans fantassin ni voltige pour ouvrir la marche, la musique tambourinait asservie aux pétarades des PANS, des BOUMS et des YOUPLA LA LA de deux joyeux manèges désenchantés victimes de leur insuccès ou de la guerre froide. A fond, sirène en berne et gyrophare en lutte un char estampillé « Police » faisait blocus campé de ses deux acolytes « Vous n’aurez pas la rue Alsace Lorraine » , les cavaliers Gaston et d’Hippolyte étaient en charge de maintenir l’ordre – « chargés  » ils conjuraient la zone du mauvais sort réservé par les assaillants.

Le peloton chargeait.
J’ai prié prié Aline pour que cesse le feu et repris mes esprits, j’étais partie loin.
Ce n’était pas la guerre, c’était la revendication, la manifestation du mal entendue.

Dépassés par la révolution les insurgés menaient campagne, brandissaient fusils en carton et autres étendards – « En marche » les citoyens scandaient leurs indignations à l’harmonisation, à l’égalité du régime – à la retraite c’est « chacun sa gueule et dieu pour tous »; les impies livraient leurs désarrois de vieillir pauvre et con. A chacun son droit, « Amen – et après nous la fin du monde ». Puis vint le moment de la libération, les roquettes ont fusé et les missives sont tombées en choeur encore et au corps:

« Ma cron! Ma cron! au cul, aucune hésitation! Ma cron! Ma cron! dans le fion! »

J’ai tendu l’oreille , expédié le doute aux oubliettes et bien failli mourir de honte et de surtout de rire. Ma conscience objectait ce viol de dignité pour tous et la petitesse de l’invective mais j’exultais du « pipi-caca », du burlesque de l’affront et du mordant déculotté des sans-dent à l’endroit de notre Dirigeant.

L’honneur n’était sauf ni pour les Huns ni pour l’autre, ni pour moi…

Emue par tant de solidarité républicaine, j’ai fermé ma fenêtre sur le monde, essuyé les paillettes dans mes yeux et repris ma lecture, j’avais mon compte.

SandHdv

Auteur : Les Chose nues - Génération X

En cours de réflexion...

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