LES DOUX SOUVENIRS

« Voyager c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination […] Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force […] Il suffit de fermer les yeux, c’est de l’autre côté de la vie. » L.F. Céline – Voyage au bout de la nuit.

Genèse: Ce texte est inspiré des « doux souvenirs de Tanger dans les années 50 » de Randolph Benzaquen. Je l’ai adapté sous une forme slamée sur percussion, comme un guide qui nous transporte « en rythme » et nous accompagne dans notre visite des lieux. Il fait partie d’un ensemble de scénarii imaginés pour une soirée à thème que nous avions ma belle-soeur Loubna et moi-même conçus organisée et animée. L’idée était de stimuler les sens, que chacun des participants mobilise son imaginaire et traverse l’atlantique le temps d’une Escale à Tanger.

Je me souviens de ce temps, de « TANGER » de l’époque
Ces tendres années, m’évoquent sans équivoque
Nos expéditions « CASABLANCA » – « TANGER »
Et ces routes étroites qui nous prenaient la journée
Il nous fallait surtout passer la douane
A « ARBAOUA »,
Je revois cet arbre, que son ombre portait
Et ma mère,
Pieds dans une bassine d’eau froide qui s’efforçait
Rouge, confite de supporter la chaleur
Pendant que mon père s’impatientait râleur
C’était la limite entre-deux hégémonies
D’une monarchie aujourd’hui affranchie
L’entre-deux “MAROC”,
L’un sous protectorat français / l’autre sous régime franquiste

Arrivés à « TANGER », tout était différent
Nous logions à « MARSHAM » chez ma tante, simplement
Dans une petite maison, ses 3 enfants et nous 4
Enivrés, par ce quartier typique pas vraiment soporifique
Bonjour le remue ménage, épique et prolifique
Accaparée par la bande que nous étions festifs
Pas facile pour nos mères, qui s’occupaient des préparatifs

Nos journées commençaient par la plage « PAVILLON BLEU »
A neuf chargés de paniers je nous revois sacrebleu
Nous agiter d’impatience, pour enfin prendre place
Dans ces taxis américains – souvent des palaces
Des « De Soto » ou des « Pontiac »

Ils sentaient bon l’odeur de l’époque glorieuse d’après guerre
Ca sentait bon le sable chaud brûlant qui souvent nous faisait courir pour se baigner.

Le rêve commençait là
Courses poursuites aux allures de tempête de sable
Et, dégât des eaux pour le marchand de poissons séchés affable
Pour nos mères, c’est l’enfer qui se pointait là
Turbulents, nous plongions en pleine mer des « BALSAS »
Et nous chamaillait pour nous régaler de délicieux « TAPAS »
Elles, ne cessaient de nous surveiller
Jusqu’à ce que le vendeur d’ « AMANDES » grillées
Arbitre bienfaiteur, nous mettent tous d’accord
Et j’en salive encore.

Nous faisions le trajet de retour jusqu’à « MARSHAM » à pied
Les grands chapeautaient les plus petits, moi je tenais ma sœur aînée par la main.
Nous remontions la petite rue vers l’ancienne « MEDINA » et passions à côté de la « MOSQUEE SIDI BONABIB »
Décorée de faïence polychrome – elle nous honorait de son minaret scintillant de mille feux
Puis nous faisions un petit détour _ là, rivalisait l’hôtel « EL MINZAH »
Avec ses Cadillac, Ses Buick et Ses célébrités.
Plus loin, Quand la soif nous pressait
D’assécher notre envie De boissons – au goût d’orange
Une petite halte à l’usine «  CHEZ MISSION » s’imposait
Cela faisait partie de l’accueil hispano arabe
Tout le long du parcours l’odeur des eucalyptus nous accompagnait
Et Toujours cette odeur me rappelle Tanger.

Je me souviens de ses collines baignées de lumière
De ses rues en pentes que nous descendions roues libres
Lorsqu’En voiture, mon oncle coupait les gaz
La ville nouvelle avait pour artère principale le « BOULEVARD PASTEUR »,
Zone élégante, bordée d’habitation moderne et sans pudeur
Elle offrait une vue magnifique sur le port et la baie de « TANGER »
De la « COUR DE FRANCE » que les tangérois appelle «  SOUR AL MAAGAZINE »
Nettement, par temps clair se voyait « GILBRALTAR » notre pays d’origine
Non loin, s’imposait le parc de la « MENDOUBIA », ensemble dissident
D’arbres figuier banian géant et dragonnier de 800 ans.

Balade de dédales, de rues en rue je me souviens…
Le cinéma « RIF », ou parfois nous allions en quête d’action
Ici le «  GRAN CAFE DE PARIS», là «  SOCCO GRANDE »
Cœur vibrant de « TANGER »
Cette place battait son plein et grouillait d’agitation
Anes qui circulaient chargés califourchon
Et vendeurs de charbon
Femmes aux habits blancs striés de rouges et grands chapeaux de paille,
Descendues des montagnes, elles vendaient légumes et volailles
J’aimais me mélanger à ce joyeux capharnaüm, puis tout
Le bruit, les odeurs, les couleurs donnaient à cet endroit un charme fou

A 2 pas,
Nous plongions dans la médina
Cet entrelacs de ruelles énigmatiques
Et ses petits cafés où même l’air semblait flegmatique
Nous invitaient au repos à « SOCCO CHICCO »
C’était notre bastion où nous allions
Instants détentes, nous rafraîchir de thés à la menthe.

Chemin faisant,
Grivoise gourmandise
Nos longues flâneries, soumises
Nous conduisaient immanquablement à LA PATISSERIE PORTE »
Prestigieuse, aucune grande famille, prodige oblige
Ne pouvait se permettre de recevoir sans ses gâteaux « venez-y-voir »
Meringues citron à rendre dingue, barquettes miel noisette guillerettes et confiseries jubilatoires
Lorsque nous y allions tous nos sens étaient en fête
Souvenirs inoubliables sans conteste
Sensations si vives que des années plus tard
Je recherche encore leurs goûts sans fard
C’était notre cadeau si nous étions sage
Pour toujours, restera, le plus beaux des chantages.

SandHdv

Auteur : Les Chose nues - Génération X

En cours de réflexion...

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